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Artiste(s)

Céline Achour

Samuel Martin

Julien Spianti

Marie Vandooren

Lieu d’exposition

20 Rue des Gravilliers,
75003 Paris

Galerie Hors Champs, Paris
14 mars au 2 mai 2026
Vernissage le : samedi 14 mars 2026

Atomic

Peintures, dessins, huile sur toile, acrylique sur toile, fusain, pointe sèche sur papier
Céline Achour : « Le conte du pavillon » Acrylique sur toile 100x73cm, 2022

Il n’est pas un jour sans que nous ne soyons confrontés à de nouvelles images de guerres, de massacres, sans que nous ne lisions sur leurs causes et leurs conséquences. Nous nous tenons pourtant au courant, vous et moi, dans nos confortables salons, sur nos portables dernier cri, sous un ciel bleu et limpide. Ainsi ces terribles actualités nous parviennent toujours dans ces fragments disponibles de notre vie quotidienne : nous achetons un vêtement et notre voisin nous apprend une déclaration de guerre ; nous prenons les billets pour la plage et apercevons ces images, sur internet, de bombes meurtrières ; nous découvrons avec nos proches le dernier épisode d’une série juste après les mortifères informations de la presse.

Il existe une époque de l’Histoire qui est définie par cette dichotomie : il s’agit de ce que l’on appelle l’Âge atomique, entre les années 40 et 60. Ces dernières sont définies, en occident, par l’idéal d’une nouvelle bourgeoisie venue remplacer l’aristocratie en fin de règne : le capitalisme triomphe et se met en scène dans cette imagerie publicitaire et pop de réussite professionnelle et d’élégance glamour. En cette période de babyboom, la famille nucléaire devient la norme, l’homme est au travail, la femme tient la maison, et cette dernière, dans l’esthétique collective de l’époque, est symbolisée par le pavillon de banlieue où gambadent les enfants et nous saluent les voisins. Cependant, avec la seconde guerre mondiale suivie de la guerre froide, les populations entières vivent avec la crainte de la bombe atomique et l’invasion de l’ennemi qui, peut-être, est déjà là…

Julien Spianti : « Somewhere near by » Huile sur toile 130x162cm, 2025

De nombreux artistes contemporains puisent dans cette imagerie pour leurs travaux. L’exposition Atomic (mot anglicisé pour en confirmer l’influence, pour ne pas dire domination, américaine) propose la confrontation de quatre artistes : Céline Achour, Samuel Martin, Julien Spianti et Marie Vandooren.

Leurs peintures et dessins expriment tout autant la douceur de l’image d’Epinal capitaliste que le trouble, individuel et collectif, qu’elle camoufle. Les couleurs pastel sont accueillantes, les visages sont rieurs, prennent la pose, s’embrassent et les piscines, terrains de sport et chatoyantes vallées vertes nous tendent leurs bras. Mais nous voyons bien que nos artistes n’y croient pas : c’est au contraire l’envers du décor qui attise leur pinceau.

Marie Vandooren : « Pavillon » Acrylique sur toile 30x40cm, 2025

Ainsi, dans les toiles de Céline Achour, une étrangeté proche de l’absurde se manifeste comme une réaction, volontaire ou non, à la perfection prétendue de ces foyers : elle peut exprimer une douleur (dans cet enfant dont on ne discerne plus que les contours), une inaptitude (pourquoi cette femme tombe-t-elle du ciel ?) ou une adversité, entre la perversion (la femme vampire du salon…) et la révolte (dans le défi que semblent nous adresser ces petites filles…).

Les dessins de Samuel Martin, de leur côté, décrivent avec crudité et ironie la jouissance dans la catastrophe. Les corps sont tous nus, souriants, extasiés de leur confort jusqu’à la caricaturale exhibition, et ce confort peut être vu comme une réponse aux incendies qui les entourent : « c’est justement parce que nous autres touristes bourgeois pouvons tout cramer, par caprice, que nous le faisons ».

Samuel Martin : « Yes futur 8 » Fusain sur toile 100x100cm, 2012

Dans les peintures de Marie Vandooren, en revanche, les pavillons, piscines, terrains de tennis sont tous vides. Les résidences sont esquissées, en croquis, dans leur paysage à la si reposante douceur –elles semblent nous attendre avec le charme de la publicité mais c’est uniquement le manque qui s’en dégage. Celui des humains, mais aussi celui, au final, dans l’idéal qu’elles promettent. Ce sont des peintures de la solitude : d’un modèle de vie devenu norme oppressive, ou peut-être aussi d’un monde déjà mort parce que basé sur la guerre.

Julien Spianti : « Cul-volant » Pointe-sèche sur papier 15x20cm, 2017

Enfin, les peintures de Julien Spianti parachèvent l’exposition en reprenant ses thématiques : une image d’Epinal, la parade du plaisir, de la nudité, suivies de la contemplation de l’explosion puis du choc –« cul volant » à la pointe sèche acérée comme s’il fallait mutiler l’image. Les rares maillots évoquent les années 50, les visages ne sont pas reconnaissables, les coups de pinceaux sont parcellaires, nous sommes bien là dans le souvenir. Mais alors pourquoi, en ce jour même où j’écris ce texte et où la presse partage les lamentations des « influenceurs » partis à Dubaï pour ne pas payer d’impôts et qui soudainement subissent les bombes iraniennes, pourquoi ce souvenir tremble-t-il d’une telle actualité ?

Hannibal Volkoff

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