La Galerie Hors-Champs présente

 

Djan Silveberg

Irrévérence

 

 

Exposition du 19 avril 2012 au 19 mai 2012

Vernissage le jeudi 19 avril 2012 de 18 heures à 21 heures

Le vilain petit canard est de retour, cette fois-ci bien décidé à tout faire sauter. Armé de dynamite, trônant sur son ténébreux socle, le poussin-kamikaze accueille le visiteur dans la gloire de son individualisme -jusque dans le choix de sa destruction. Quelle serait la cause qu’il défend ? Une ration supplémentaire de planctons ? Retourner dans sa coquille ? Ou peut-être tout simplement réaffirmer sa place dans une société en perte de repères, où tout semble être en permanence à deux doigts d’exploser

Il donne en tout les cas le ton de la première exposition de Djan Silveberg à la Galerie Hors-Champs, et de son travail sur le concept « d’hypermodernité ».

« L’hypermodernité » caractérise, selon des philosophes tel que Gilles Lipovetsky, notre société en tant que prolongement de la société post-moderne. Elle se définit par un engrenage effréné de l’excès, individuel ou collectif, menant aux extrêmes dans les sphères les plus diverses de la vie sociale et économique : une modernité, en quelque sorte, que plus rien ne peut arrêter dans l’intempérance de son essor. Hyperfinanciarisation, hyperconsommation, hyperindividualisme, hypermédiatisation, etc., notre société adopte la folle course des superlatifs dans tous ces secteurs –mais une course contre quoi ?

 

Djan Silveberg, plutôt que de se complaire dans des lamentations eschatologiques, prend le pari de l’humour et de la prise de distance face au tumulte afin de mieux s’interroger sur l’état du monde.

Ses médiums et techniques sont multiples, de l’installation au dessin en passant par la sculpture ou la performance, et permettent, dans leur pluridisciplinarité, d’explorer avec exigence les nombreux profils de son message.

L’art du contrepied de Djan Silveberg passe tout d’abord par son regard ironique sur le marché de l’art contemporain. Il pointe ainsi du doigt l’aspect arbitraire et virtuel de la valeur des œuvres avec ses Stolen Paintings, des cadres sur lesquels on discerne encore quelques lambeaux de la toile extraite, ou Sold, sculpture déjà vendue et qui n’en vaut donc que plus cher.

Sa critique s’étend aussi sur la médiatisation dans l’art contemporain, avec Ne les oublions pas, son affiche parodiant celles appelant au soutien des journalistes pris en otage, en utilisant cette fois-ci les visages de Jeff Koons et de Damien Hirst. Quant à sa série des Concetto Speciale, elle est un clin d’œil ludique et absurde au désir de praticité de l’homme hypermoderne : les toiles sont équipées d’une ou de plusieurs fermetures éclairs, à ouvrir et fermer à volonté. On pourrait voir cela comme une métaphore des excès de l’art contemporain ; chercher ce qu’il y a derrière la toile et tomber sur un mur (pour le détruire ?)…

La crise, bien sûr, n’échappe pas au mordant décryptage de Djan Silveberg. La sculpture Staff Cuts et l’installation Penny Stock Trader sont deux exemples du risque de marginalisation intégré dans le système néolibéral qui menace quotidiennement ses adhérents. De l’employé viré d’une entreprise, il ne reste plus que les jambes  et le reste de son corps semble arraché par la nouvelle du renvoi ; quant au trader ruiné de l’installation, il en est réduit à mendier avec son ordinateur. Le traitement se veut frontal sur ces deux « loosers » de la société hypermoderne, mais avec une violence mêlée de grotesque : ce n’est pas l’individu que Djan Silveberg traite avec une telle irrévérence, mais les rouages d’un système économique cavalant vers sa propre perte.

Enfin, c’est même jusqu’aux rouages du temps que le dérèglement ronge. L’œuvre Tempus Fugit Fugit est une horloge dont les aiguilles défilent à une vitesse folle, irrattrapable, et dans un vacarme de tonnerre.

Alors que nous avons à notre disposition une technologie qui nous permet d’être plus rapides dans tous les secteurs (communication, travail, déplacements etc.), nous constatons ne plus avoir le temps de rien du tout. « Le temps fuit » disait Virgile, « le temps qui fuit s’enfuit », répond Djan Silveberg, qui nous offre ainsi l’opportunité de reprendre notre temps  en contemplant celui qu’il nous impose, illustration poétique d’une société où, si tout est plus rapide, c’est avant tout pour demander plus de notre part - de travail, de résultat, de consommation – et moins de réflexion…

Si le temps décide de s’enfuir, alors faisons preuve d’irrévérence à son égard, et créons le nôtre.