La Galerie Hors-Champs présente 

« Empreinte »

 

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Une exposition collective

Benjamin Guérin - Pierre-Luc Poujol

Jean-Claude Nouard - Laurent Marre

 

Curating : Hannibal Volkoff 

Exposition du 6 septembre 2011 au 16 octobre 2011

 

Se poser la question de l’empreinte consiste à revenir aux sources de l’art : l’empreinte est la première expression artistique de l’humanité, la première trace, comme un message, de son individualité dans le cosmos.

Depuis la préhistoire, elle fait figure de lien. Elle est une forme mais également une démarche, un geste. Elle est un signe d’appartenance et un signe de distinction. Elle est aussi en nous une marque identitaire et en est une preuve, sur un support donné, par l’entrelacs d’ondulations (les empreintes génétiques) ou de sillons labyrinthiques (les empreintes digitales)… Par ailleurs, en psychologie, l’empreinte définit l’association d’un déclencheur externe avec un comportement instinctif : toujours en elle est présente l’idée de notre rapport au monde, et, à travers cette idée, interroge-t-elle celle de l’origine et du processus d’expansion qui en découle.

La GALERIE HORS-CHAMPS, pour sa seconde exposition, aborde le thème de l’empreinte et ses composants en les confrontant avec l’art abstrait.

Les artistes qu’elle présente travaillent l’empreinte comme méthode (et en décèlent, par le hasard, la beauté), mais aussi comme paradigme, ainsi que le dirait Didi-Huberman. L’abstraction, en tant qu’expression de « la vie invisible », nous renvoie à cet état d’avant la conscience, au monde pulsionnel et originel dont l’empreinte, de par sa forme et son sens, deviendrait un signe.

Il y a là quelque chose de l’ordre du religieux – de « ce qui relie ».

Dans ses sculptures, BENJAMIN GUERIN utilise l’empreinte comme un exercice spirituel. Son procédé consiste à graver de manière répétitive des lignes sur des planches. Prise dans son principe, il s’agit de la ligne première, d'avant l'écriture c'est-à-dire d'avant la faute –d'orthographe. C'est un sillon ; elle ne s'écrit pas mais s'inscrit, à la fois Art et Littérature. Mais littérature divine : la seule écriture qu'ait laissée le Christ et Ses lignes tracées sur le sol (Jean 8,1-11).

Tranchées noires sur planches noires (ou blanches sur blanches), les lignes de BENJAMIN GUERIN adoptent la lumière selon leur direction et plus précisément dans la répétition de leur élévation, rompant avec l’horizontalité. De même que leur direction crée une autre direction, les lignes créent la lumière (la prière) et la lumière crée les lignes.  C’est un processus d’auto-engendrement sans fin, mais aussi sans finitude, ces traces ne recouvrant jamais totalement la surface des planches.

La peinture de PIERRE-LUC POUJOL est faite de projections et de dripping. Ses superpositions de couleurs, de directions, sont autant d’apprivoisement du geste et des formes pour en faire ressortir l’ordre. Les empreintes s’accumulent et se répondent, dans leur succession, leur dialogue rejoue à chaque fois la dynamique de la toile pour finalement atteindre une harmonie parfaite –parfaite au sens où, telle l’empreinte d’une puce électronique, l’énergie y circule avec une aisance libératrice.

Ce dialogue des couches de peinture entre elles, dans l’état achevé du tableau, créé un autre dialogue : en nous évoquant en même temps un vitrail et une faune végétale, avec ses quadrillages comme un code inconnu, PIERRE-LUC POUJOL conçoit une véritable réflexion panthéiste sur l’Incarnation.      

JEAN-CLAUDE NOUARD utilise aussi le thème du végétal, avec de véritables empreintes d’écorces.

Issu de l’Arte Povera, JEAN-CLAUDE NOUARD scrute la nature comme d’autres le font avec l’humain. En prenant des empreintes d’écorces comme s’il s’agissait d’empreintes digitales, il interroge dans quelle mesure l’humain se positionne par rapport à la nature et le renvoie à ses origines, donc à sa mort. L’aspect organique de ses toiles peut faire penser à des corps en décomposition, fusionnés avec la terre, mais elles ont une sérénité qui découle plutôt de l’hommage, d’une ode à l’harmonie qu’exprime avec délicatesse la gamme automnale des couleurs.

Son travail sur la matière, d’effritement, d’effacement, et la disposition de ses traces sur la toile (centrées, cérémonielles comme des Saint-Suaire), engagent à une prise de distance pour nous faire méditer sur l’empreinte comme objet du même et du différent, en la plaçant sous l’emprise du temps.

Enfin, ce rapport au temps est au cœur de la peinture de LAURENT MARRE. Depuis le début de sa démarche artistique se note une attention particulière pour les détails de toutes choses, pour la vie qui s’immisce, transforme et détruit. Ce sont les fragilités qui intéressent LAURENT MARRE, et il en fait du temps le révélateur.

Les empreintes qu’il peint sont des représentations d’empreintes déjà existantes, des empreintes empruntées peut-on dire : leur origine n’a plus d’importance quand tout n’est qu’éphémère, seule leur existence dans un processus compte. Et la beauté de la forme, issue du hasard que la vie forge comme si elle avait un message à adresser et dont LAURENT MARRE rend compte en témoin éclairé.